Témoignage libraire en grande surface

Anna est libraire à l’enseigne Cultura, elle a bien voulu témoigner. Vous pouvez lire dans cet article son témoignage en brut !

Le commencement c’est qu’au lycée je n’avais absolument aucune idée pour mon orientation post bac. Je ne lisais presque pas en dehors des lectures scolaires et des mangas. Mais des raisons personnelles m’ont poussé vers le roman pour tuer le temps de là une petite idée a fait son chemin dans ma tête celle d’être bibliothèque ou libraire. Je ne connaissais qu’une librairie indépendante qui faisait beaucoup de produits culturels et un Cultura à 30min de chez moi. Je me suis donc accroché à cette idée avec un peu de pression car j’avais beaucoup de lacune en terme de lecture…

Faire une reconversion professionnelle dans ce milieu est très courant car pour être libraire il faut avant tout être passionné et savoir vendre. Mais quand on sort post bac c’est compliqué sans expérience… J’ai donc opté pour un Dut métiers du livre et du patrimoine qui permet à terme de se spécialiser soit pour être libraire, bibliothècaire ou éditeur. Une filière avec peu de place (à peine 50 élèves par promo) mais des cours très enrichissants pour avoir une bonne base dans ce domaine. C’est évidement très sélectif dans la mesure où il y a moins de 10 écoles proposant cette formation en France. Néanmoins en ayant pas d’expérience dans la vente, cela ne suffit pas. À la fin de ce cursus j’avais quand même l’impression qu’il me manquait certaines clés en main pour pouvoir être une vraie libraire accomplie ! Cette fois encore… Pour une licence pro option librairie il faut vraiment s’accrocher car il y a encore moins de structure pour ça. Résident en Île de France, j’ai pour ma part été à l’INFL, l’institut National Français de la Librairie. Ils proposent diverses formations, toutes en alternances qui visent à former de futurs libraires pouvant directement ouvrir leur propre librairie ensuite. Ce diplôme est très apprécié au sein de la profession et des grandes enseignes culturelles dans la mesure où ils nous forme à tout (cours par rayon, gestion, management et logiciels plus techniques) c’est donc un grand grand plus si vous souhaitez devenir libraire ! Pour en finir avec mon parcours, car c’est la question qu’on pose le plus souvent: oui j’ai trouvé du travail directement après ! Pour donner une petite idée, sur ma promotion, 8 personnes sur 15 ont directement été embauchées en cdi là ou elles avaient fait leur alternance. Ce qui n’a pas été mon cas.

J’ai fait mon alternance dans une petite librairie parisienne 100% indépendante, néanmoins, c’est dans une grande surface culturelle (parce GSC j’entends la Fnac et Cultura entre autre) que j’ai trouvé mon petit bonheur !  Pour comparaison, le rayon dont je m’occupe actuellement fait la taille de la librairie indépendante où je travaillais par le passé…

Après soyons honnête choisir où l’on veut travailler est vraiment un choix personnel. Car au delà de notre propre idéal et de nos convictions il y a une vérité c’est qu’être libraire reste très mal payé…  Être libraire c’est lire beaucoup beaucoup surtout lorsque qu’on s’occupe de la jeunesse, de la littérature et de la bande dessinée mais bien souvent, ce temps de lecture se fait en dehors des horaires du travail, une journée selon la structure dans laquelle on travaille peut varier et être de 7h à 15h, de 10h30 à 19h30 aussi bien que de 12h à 20h voir plus tard dans les grandes villes… C’est sans compter les heures supplémentaires que l’on fait parce qu’une collègue est malade, parce que c’est Noël et qu’il y a trop de monde, sans compter le fameux dernier clients qui vient avec une petite liste etc. C’est avant tout très physique. Dans les petites structures ont fait nous même la réception des livres et les retours en plus de s’occuper de la caisse et des clients… Dans les grandes structures, on s’occupe seulement du conseil client et de la mise en rayon mais le rayon librairie peut compter au minimum 45000 références de livres…

En plus de cet aspect là, le libraire doit être polyvalent c’est à dire qu’en plus de notre spécialité on doit être capable de conseiller sur d’autres rayons que le notre … C’est un exercice qui peut s’avérer ardu au départ surtout si on tombe sur des clients pas très patients mais là encore tout dépend d’où on travaille, du public et de la zone géographique où l’on travaille…

Pour donner une idée dans mon cas chez Cultura une journée type hors week-end (où il y beaucoup plus de monde) c’est 70% de manutention (ranger les livres, faire les tables, déplacer les tables, faire les affichages, rédaction des coups de coeur, ranger les livres qui traînent etc), 20% d’administratif (organisation de dédicace, mails, rendez-vous avec les représentants) et 10% de conseils clients.

Et la relation client dans tout ça ? Et bien il y a celui qui est adorable et va prendre tout ce qu’on lui conseille en nous faisant confiance à ce client désagréable qui croit que tout lui est dû et qu’on est payé à ranger les livres qu’il va éparpiller dans les rayons et avoir sa livraison plus rapidement en nous disant: mais chez Amazon c’est plus rapide… En grande surface culturelle, la visée est avant tout grand public ce qui fait que le client qui va nous demander notre dernière coup de coeur pour orienter son achat est plutôt rare (voir très très rare et c’est pour ça qu’ils sont en général chéris ). En toute honnêteté 90% des questions qu’on me pose sont : « je cherche le dernier Musso » et « où vous rangez les livres de Victor Hugo ». Pour une vie de libraire il y a mieux mais néanmoins les retours clients sur mes coups de coeur arrivent à compenser cette solitude du libraire passionné qui ne demande qu’à donner son avis sur les dernières sorties.  Heureusement dans mon cas j’ai quelques clients réguliers qui aiment sortir des chemins battus et font mon petit bonheur le temps d’un échange. Mais malheureusement le sentiments d’être aux yeux des clients une machines est assez désespérant… Chez Cultura, nous avons quand même en très grand esprit d’équipe et de cohésion entre nous qui fait que nous échangeons beaucoup entre collègues sur nos derniers coup de coeurs. Cela permet d’avoir des idées de titres à conseillers sur des rayons qui ne sont pas les nôtres mais surtout d’aiguiller au mieux les clients. On ne juge pas et nous avons une réelle envie de partager avec nos lecteurs et sachez le, que vous aillez aimé ou détesté un livre acheté sur conseil d’un libraire ou parce qu’il avait un coup de coeur, ça nous fait extrêmement plaisir quand vous revenez nous donner vos impressions ! Dans mon cas j’avoue au client sans problème avoir beaucoup mal avec tout ce qui entre dans la catégorie feel-good books ou roman léger comme Legardinier, Valogne ou Martin-Lugand. J’en ai essayé certains à force d’en entendre tant de bien par les clients et j’ai néanmoins aimé certaines de ses découvertes ! Ce vrai échange à tendance à être oublié alors que malgré le fait que l’on soit dans une grande surface culturelle nous sommes de vrais libraires passionnés ! Pour ma part, j’essaye de lire un roman par semaine pour pouvoir partager un maximum ceux que j’ai aimé ou à défaut pouvoir un minimum en parler lorsque l’on me demande mon avis dessus. Nous n’avons aucune obligation ou rendement à tenir sur le nombre de coup de coeur à fournir chaque semaine contrairement à d’autres grosses enseignes… On a cette part de liberté qui nous rapproche des choix des libraires indépendants.

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