Peut-on aimer une oeuvre problématique ?

téléchargement (3)Que ce soit dans certains éléments ou bien dans son ensemble une œuvre peut parfois se révéler problématique. On peut ne pas avoir conscience de ses éléments problématiques et quand vous voyez votre roman préféré être mis sur le bûcher vous pouvez vous sentir mal à l’aise. Pour ne rien arranger, il y a une tendance à se montrer très virulent envers un roman en particulier. La haine générale va ignorer pas mal d’autres romans tout aussi problématiques. Je pense par exemple à Cinquante Nuances de Gray qui est méprisé par beaucoup. Néanmoins, il existe énormément de romans bien plus problématiques sur le plan du sexisme que Cinquante Nuances de Grey. Ils sont simplement moins populaires et évitent donc la haine.

Alors avant d’aller plus loin dans cet article, je tiens à préciser ma pensée. Oui, je pense que Cinquante Nuances de Grey est problématique sur pas mal de points. Par contre, je n’ai que de l’indifférence vis-à-vis de cette trilogie et jamais je ne jugerai les lecteurs appréciant cette trilogie.

D’autres romans peuvent être incompris, tels que Lolia de Nabokov. Beaucoup de personnes considèrent que l’auteur met Humber Humber, un pédophile, dans une position de victime et Lolita est quant à elle une jeune séductrice tout à fait consciente de ce qu’elle fait et que bon elle a bien mérité ce qu’elle a vécu. Sauf que l’auteur a toujours été très clair à ce sujet, pour lui Humber Humbert est le plus immonde des personnages et il n’y a rien de plus honteux et choquant de déguiser une petite fille en Lolita ! Là nous nous situons donc plus dans le cas du roman mal compris. Pourtant vous pouvez autant subir les foudres que si vous déclarez aimer Cinquante Nuances de Grey ! Cela peut être même beaucoup plus virulent dû au thème de la pédophilie.

Il est important de noter deux points. Si vous avez l’habitude de lire mes articles, ces deux points ne vont pas vous surprendre : oui vous avez le droit d’apprécier l’œuvre la plus problématique au monde et non, personne n’a le droit de vous juger sur vos lectures !

Quand on nous fait remarquer qu’une œuvre qu’on apprécie est problématique à raison (Cinquante Nuances de Grey) ou à tort (Lolita), la première réaction que l’on va très probablement avoir c’est un insidieux mélange entre se sentir blessé, jugé et un profond agacement. Dans un premier temps, je pense qu’il est important de prendre du recul vis-à-vis de ce sentiment. C’est le livre qui est jugé et non nous lecteur. Si la personne nous juge nous lecteur, dites-vous que l’enfer s’est doté d’un cercle de plus pour ce genre de personne. (Si ça vous intéresse, je vous parlerai un jour de Dante !) Une fois que vous avez réussi à voir le recule, écoutez les arguments, renseignez-vous de votre côté et ensuite faites votre propre jugement.

Pour vous l’œuvre n’est pas problématique tant mieux, mais il peut arriver aussi que tout à coup l’œuvre apparaisse comme ayant des aspects plutôt problématiques. Peut-on continuer à apprécier l’œuvre ? J’aurais tendance à dire que oui. Je lis très peu de livres que je trouve vraiment parfaits, il y a très souvent des détails qui font que ma lecture n’est pas aussi géniale que j’aurais espéré, pourtant je n’en apprécie pas moins ma lecture. Et puis si je devais cesser, aimer les livres qui ont des aspects guère sympathiques, beaucoup devraient disparaître de mon cœur. Pour cet article, j’ai pris deux exemples qui me semblaient plutôt marquants. Toutefois, c’est un Agatha Christie qui m’a inspirée cet article. En effet, de nombreuses fois les personnages utilisent un vocabulaire tout à fait odieux qui ne passerait pas aujourd’hui. Pourtant, j’aime énormément les romans de cette autrice.

Pour moi, apprécier sincèrement une œuvre c’est reconnaître toutes ses qualités, ainsi que ses défauts. Parfois l’auteur ou l’autrice a des écrits franchement nuls remplis de sexismes, de racismes, de grossophobies et d’autres trucs qui craignent. Je pense notamment aux œuvres classiques. Même s’ils ont été écrits à une autre époque, je ne peux pas nier qu’il y a des propos problématiques dans l’œuvre. Néanmoins, j’arrive à les apprécier et ce n’est pas malgré leur défaut, mais avec leur défaut. J’accepte qu’une œuvre puisse être problématique. J’apporterai cependant une nuance à ce que j’ai dit précédemment. Si on peut apprécier une œuvre tout en ayant conscience qu’elle est problématique, parfois cela va casser tout le plaisir. Dans ces cas-là, il vaut mieux juste fermer votre livre et d’en passer à un autre.

Aimez-vous un livre jugé problématique ? Avez-vous découvert qu’un livre que vous adorez est problématique sur un point ?

26 réflexions sur “Peut-on aimer une oeuvre problématique ?

  1. latourneedelivres dit :

    Ton article est intéressant ! On n’a pas tout à fait le même point de vue par contre. Je suis plus sévère envers les livres contemporains, j’estime qu’ils se doivent d’être beaucoup plus conscients des discriminations sur les minorités qu’avant et, bien que ça ne puisse pas être parfait, un livre complètement stéréotypé va forcément tomber entre mes griffes. (50 Nuances de Grey n’a pas fait exception)

    Par contre, je peux prendre beaucoup plus de recul selon l’époque (Guerre et Paix et Alexis Zorba sont des exceptions qui m’ont énervée cependant) et, c’est assez triste à dire, selon si je suis concernée directement ou non. Par exemple, Cinq semaines en ballon de Jules Verne se passe en Afrique et c’est affreusement raciste, certains passages m’ont choquée, mais j’ai finalement réussi à relativiser et j’ai bien apprécié ma lecture. (ce qui est en soi hypocrite)

    Alors, bien sûr, tous les romans classiques sexistes ne me font pas réagir, parce que j’arrive à relativiser avec l’époque. (Camus a beau être mon auteur préféré, il faut bien admettre que l’invisibilisation des femmes au sein de ses récits est assez vexante, mais j’arrive à passer outre) Cela va dépendre aussi du feeling avec le bouquin, dans un sens c’est très subjectif. Difficile de donner une réponse définitive à cette question, c’est forcément très nuancé !

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    • Babitty Lapina dit :

      Vis à vis de la littérature contemporaine, je considère que tout le monde n’est pas même niveau de conscience des discriminations que moi. Mais après je suis le type de lectrice qui n’hésite pas à refermer un livre et le mettre de côté s’il ne me plait pas. Du coup, si je tombe sur des propos qui m’agacent fortement, j’aurais tendance à refermer le livre.

      Pour la littérature classique j’ai plus de tolérance, même si je ne peux m’empêcher de tiquer de plus en plus. Je me dis okay c’est l’époque, mais pour moi lectrice moderne ce n’est pour autant pas acceptable. Du coup c’est pour ça que je considère aimer un livre avec ses défauts et non malgré ces derniers.

      Je pense aussi que la réponse est très nuancée et je pense dépend du rapport de chaque lecteur à un livre en particulier !

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  2. motivationdouce dit :

    Dans un livre qui a des défauts, on peut quand même trouver des qualités qui font que l’on apprécie cette lecture, c’est indéniable. S’il y a des qualités, elles peuvent même prendre le pas sur ce qui peut donner lieu à des polémiques. Par contre, on peut s’interroger sur la morale de l’auteur… mais alors on n’a pas fini de débattre.

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    • Babitty Lapina dit :

      Personnellement j’essaie de lire un livre indépendamment de son auteur. Si le contexte d’écriture me permet de comprendre le livre, ce n’est pas parce que la personne qui l’a écrit m’insupporte que je vais juger son livre mauvais pour autant par contre. Après peut-être est-ce que tu penses à un auteur / une autrice en particulier ?

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      • motivationdouce dit :

        Je pense plutôt à quelqu’un que je connais qui ne voulait pas trop lire de livres d’Anne Perry (des livres un peu policiers) parce qu’elle avait lu que l’autrice avait eu un passé pas net du tout. Pourtant les romans qu’elle a écrit sont tout à fait dans la même veine que ceux qu’elle aime bien, mais de savoir ce que l’autrice avait fait (bien que cela reste à confirmer), elle n’arrivait pas à être sereine. Dans un tout autre registre, je ne saurais pas lire ou regarder une oeuvre qui traite de certains sujets car je n’aime pas qu’on les sublime alors que moi et strictement moi je les trouve pas sublimables même si je peux comprendre que ça arrive.

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  3. chariesque dit :

    Ton article est bien intéressant ! Je pensais trouver un thème assez différent en lisant le titre : les auteurs « moralement » (très) critiquables. J’adore Céline, par exemple, mais le dernier livre que j’ai lu de lui (Nord) raconte sa fuite lors de la libération de la France… Je ne pouvais, cette fois, ignorer son histoire de collabo etc. Mais son écriture, ses visions hallucinées et très noires du monde qui l’entoure m’hypnotisent. Je n’ai toujours pas résolu ce problème ^^ Je tends à me dire que l’oeuvre et l’auteur sont deux entités très différentes, et que si l’auteur ne met pas les idées que l’on trouve inacceptables dans ses romans, alors ça va… Mais c’est une manière de justifier mon amour pour l’écriture de Céline 😉

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    • Babitty Lapina dit :

      Les auteurs « moralement » critiquable pourrait être aussi un article très interessant ! Après mis à part Céline je n’en connais pas… Du coup faudrait que je fasse des recherches pour voir si je peux maîtriser le sujet ou non. Sinon je suis comme toi, j’ai tendance à différencier auteur et oeuvre. Même si le contexte d’écriture permet de saisir mieux l’oeuvre, je ne jugerai pas mauvaise une oeuvre juste parce que je n’aime pas son auteur.

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  4. tsllangues dit :

    Article intéressant, mais comme d’autres l’ont fait, je nuancerais un peu: il faut replacer l’oeuvre dans son contexte historique. Un livre sexiste ou raciste écrit à un autre siècle, bien qu’agaçant à nos yeux de jeunes femmes modernes, peut-être lu et apprécié avec un regard détaché, on peut prendre du recul. Mais comment prendre du recul par rapport à un livre contemporain qui véhicule de nos jours ces mêmes valeurs? ce genre d’ouvrage reste à mes yeux plus indigeste; même si l’auteur fait de la provoc’ et ne partage pas en privé ces idées. Ca me semble malsain de les utiliser à des fins commerciales (soyons honnête, l’auteur de 50 nuances de grey n’a pas tout misé sur un style d’écriture recherché), quitte à risquer de raviver dans l’esprit de certains des valeurs dangereuses. Quant à juger les lecteurs, certes tout le monde a le droit de lire et d’apprécier ce qu’il veut, mais si je rencontre quelqu’un me vantant les mérites d’une oeuvre prônant la haine ou le mépris envers une certaine population, je ne pourrai pas m’empêcher de penser que cette personne en partage les idées et j’aurai du mal à la trouver sympathique.

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    • Babitty Lapina dit :

      Je suis d’accord avec toi sur la première partie de ton commentaire, c’est d’ailleurs pour ça que je peux lire de la littérature classique en prenant le recule et que j’évite certains livres contemporains parce que je sais qu’ils vont contenir des propos que je vais juger problématiques. Après, ces livres sont publiés, ils trouvent même leur public. Mais là on tombe plus dans un problème de société.

      Pour juger les lecteurs, j’aurais tendance à dire de ne juger personne sur ses lectures. Après, oui, si une personne adore une oeuvre pour ses aspects problématiques, là ça craint. Par exemple, je sais que beaucoup de gens jugent ceux qui aiment le roman Lolita. Personnellement je l’adore, pour le style de l’écriture entre autre. Par contre, si quelqu’un me disait aimer Lolita pour le personnage d’Humbert Humbert, j’aurais un gros malaise. Cela avait d’ailleurs était le cas dans le roman Babyji, où l’héroïne se comparait à Humbert Humbert. J’avais ressentit un gros malaise par rapport à ça.

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      • tsllangues dit :

        Oui, c’est bien là où je veux en venir: on ne peut pas juger une oeuvre ancienne selon nos critères contemporains; on ne peut pas juger un auteur en tant que personne à travers ses écrits (il peut écrire sur une idée qu’il ne partage pas, ou en grossir volontairement le trait, pour dénoncer, faire réagir ou faire vendre. Impossible de le savoir sans l’avoir interrogé sur le sujet); on ne peut pas juger un lecteur par rapport à ses préférences littéraires si celles-ci sont motivées par certains aspects « objectifs » de l’oeuvre (son style d’écriture, une histoire horrible mais qui rappelle un détail familial vécu par le lecteur, etc.); mais je crois qu’on peut se permettre de juger un lecteur qui va véhiculer des valeurs nocives, essayer de faire accepter ces valeurs nocives, en arguant que tel livre en fait l’apologie et que c’est la raison pour laquelle il l’a aimé. Je suis désolée mais je ne pense pas que tous les lecteurs d’ouvrages traitant de la seconde guerre mondiale sont des nazis, mais j’aurais de sérieux doutes si quelqu’un me disait « lis ce livre, je l’ai adoré, il montre tellement bien pourquoi hitler avait raison! ». Tout est dans la motivation, la raison pour laquelle on aime ou pas. Je ne juge pas les lecteurs de 50 nuances de grey qui apprécient parce que le style est pas compliqué, parce que certains passages leur procurent des frissons. Pourquoi pas? chacun ses goûts. Mais je jugerai (et m’éloignerai) de ceux qui présentent ce livre comme le meilleur modèle expliquant la vraie place de la femme par rapport à l’homme.

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  5. Pauline dit :

    Oh, j’ai un article un peu similaire au tien dans mes brouillons depuis quelques semaines, tu m’as doublée :p (bon, je suis plutôt sur la notion d’auteur que de l’oeuvre on va dire)
    Pour moi, l’important c’est de bien faire la part des choses entre ce qu’on apprécie et ce qu’on sait problématique : genre, aimer 50 shades ok, en faire la promotion sans jamais apporter de nuance sur le message de l’oeuvre ça me gêne un peu plus.
    Et après ça dépend beaucoup du contexte historique, je laisse passer à Hugo/Dumas &co des remarques que je ne tolère pas des auteurs contemporains (ça m’énerve quand même de lire ça et ça me sort du roman mais ça n’est pas rédhibitoire on va dire)

    Merci pour cet article !

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  6. rambalh dit :

    Je rajouterai juste : on peut aussi aimer une oeuvre parce qu’elle est problématique, parce qu’elle nous pousse à réfléchir sur ce qu’on accepte ou non dans notre vie, notre entourage. Le cas de Nabokov, que l’oeuvre soit comprise ou non, pousse énormément à la réflexion (bon je ne l’ai pas toujours lu mais rien que le thème abordé, voilà). Mais, sur du plus vicieux, les remarques sexistes, les « petites discriminations » du quotidien qui sont insérées par les auteurs sans qu’ils s’en rendent compte bah… Elles peuvent nous permettre de comprendre que c’est encore une habitude chez les gens, notre société et on peut apprécier le livre tout en se disant « bon par contre cet auteur est une brêle en terme de respect ». On peut apprécier le fait que ces ouvrages font naître en nous un côté plus beau ♥

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        • Babitty Lapina dit :

          Je trouve cet article très interessant. J’avoue ne m’être jamais intéressée plus que ça à la vie des auteurs et des autrices. Par contre j’avoue les commentaires me gênent, car j’ai l’impression que les personnes excusent ou donnent une raison au racisme de Lovecraft… Pour moi quelle que soit l’époque, la haine ou le mépris de l’autre n’est pas acceptable. Que ce soit ancré dans les meurs d’une société / une époque, je veux bien, mais cela ne le rend pas moins acceptable.

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          • rambalh dit :

            C’est au-delà de la vie de Lovecraft : visiblement, ses créatures monstrueuses, celles qu’il décrit et qu’on apprécie voir dans ces oeuvres sont sa vision des étrangers en fait. C’est intéressant de voir ça sous ce point de vue.
            Pour les commentaires, on est pile poil dans le déni chez certains : ils savent mais s’en moquent ou se disent « ouais bah valez mieux qu’il décrive sa haine plutôt qu’il passe à l’acte ». Beaucoup oublie que les responsables de génocides n’avaient jamais eu besoin de tuer eux-mêmes.

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            • Babitty Lapina dit :

              Cela me met très mal à l’aise l’idée que Lovecraft ait pu agir ainsi… Parce qu’il y a un monde je pense entre le fait d’avoir des paroles déplacées et voir les étrangers comme des créatures monstrueuses. Je pense que cela gâcherait tout plaisir de lecture. C’est vraiment le genre de truc qui va trop loin pour moi.

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