Amazon et la librairie

81TvvAxgDNL._SL1500_L’article d’aujourd’hui n’a pas été écrit par moi-même, mais par Sam la libraire d’outre-mer, qui a témoigné le mois précédent. On entend souvent qu’Amazon est un danger pour les petites librairies. Ce n’est pas toujours très évident de comprendre pourquoi, Sam a donc bien voulu expliquer l’impacte qu’à Amazon sur les librairies.

Dans les années 80, l’arrivée des grandes surfaces culturelles (Fnac, Virgin) sur le marché du livre déclencha une réaction en chaine qui aurait pu signer l’arrêt de mort de la librairie indépendante traditionnelle. En effet à cette période, le prix du livre n’était pas fixe. Suite à cela, le gouvernement adopte la loi sur le prix unique du livre (ou Loi Lang ; du nom du ministre de la Culture d’alors Jack Lang). Grâce à cette loi, le prix du livre NEUF est fixé par les éditeurs et non plus par les commerçants ou les revendeurs. Tout le monde doit vendre le même livre au même prix.

Aujourd’hui ce n’est plus la Fnac qui menace les librairies indépendantes, mais bien Amazon (noté que je ne dis pas « internet », mais bien Amazon), et nous allons voir pourquoi.

Mais avant toute chose, il y a une question légitime à se poser : Amazon a-t-elle aidé au développement et à la modernisation de la librairie traditionnelle ?

Oui car elle a forcé les libraires à investir Internet par divers moyens : création de sites marchands, communication sur les réseaux sociaux, caisse informatisée, etc.

À cause de son aura elle a poussé les librairies à devenir attractive : via internet, comme dit précédemment, mais aussi par son mobilier, sa sélection, ses animations, son accueil, sa qualité d’écoute, etc.

Pour pouvoir tenir la route face au géant américain, il a fallu aux petites et grandes structures plus de réactivité notamment au niveau des commandes clients. À l’époque une librairie pouvait mettre une semaine (voir plus) pour recevoir un livre, actuellement la moyenne s’aligne sur celle d’Amazon : 48 h.

Du coup en vue qu’Amazon à redynamiser un peu le marché, en quoi est-ce une mauvaise chose d’acheter cher eux ?

Il faut rétablir certaines vérités et pour cela rentrer dans les chiffres et les prix en hors taxe. Accrochez-vous.

Les librairies (Amazon ou les petites ou grandes structures) sont divisées en 2 catégories : Niveau 1 et Niveau 2. Suivant que vous apparteniez à l’un ou à l’autre, vous n’aurez pas accès au même catalogue ni aux mêmes remises. Les niveaux sont attribués par les maisons d’édition. Pour faire simple une librairie peut être à niveau 1 sur le catalogue Acte Sud (parce qu’elle vend beaucoup de ses livres et fait des partenariats régulièrement avec eux) et être niveau 2 sur Eyrolles parce qu’elle ne travaille pas forcément sur les secteurs que couvre la maison d’édition. Pour faire simple et très schématique : tu vends beaucoup, tu es niveau 1 ; tu vends peu, niveau 2.

Un revendeur (librairie, Amazon, autre) achète le livre à un prix hors taxe (qui est diffèrent du prix que les clients paie en caisse) à l’éditeur. Plus il vend, plus le pourcentage de remise accordée par l’éditeur sera élevé. Prenons un livre qu’un client payera 23 € à la caisse. Le prix de base hors-taxe sera pour tout le monde de 21,80 €. Admettons que la librairie soit à 35 % de remise chez cet éditeur, cette librairie payera au fournisseur 35 % de 21,80 euros. Je vous laisse calculer, mais ça reste quand même cher.

Après de mon expérience personnelle, la plus petite remise que j’ai rencontrée : 26 %, la plus grande : 40 %. Et j’ai souvent travaillé dans des structures qui sans être des surfaces culturelles se défendaient bien et étaient niveau 1 chez tous ses éditeurs « porteurs ». Vous imaginez pour les toutes petites structures qui viennent juste de s’ouvrir et qui ont tout à prouver ?

Bref, Amazon vend. Il vend beaucoup. Et il vend de tout. Les éditeurs le savent, donc CQFD Amazon possède de bonnes remises. Amazon vend beaucoup et paie ses livres moins chers. Vous pourriez me dire que c’est un peu le jeu. Ok. Mais ça ne s’arrête pas là.

Amazon fait parti des 4 plus grands sites mondiaux ce qui veut dire que quand vous tapez un titre de livre c’est l’un des premiers (voir le premier) liens qui s’affiche. Vous serez donc plus enclin à cliquer ou à commander directement sur son site.

Le site de Jeff Bezos est un mastodonte pour qui le livre est une marchandise comme une autre et pas un objet culturel.

Pendant longtemps, Amazon à cumuler les frais de port gratuit et les 5 % de remises, deux mesures permis par la loi Lang séparément, mais totalement hors-la-loi quand on les combine. Amazon s’est aussi permis de menacer les éditeurs quand ces derniers n’allaient dans son sens. Petit rappel : http://www.enviedecrire.com/mieux-comprendre-le-conflit-hachette-vs-amazon/

On pourrait parler du fait qu’Amazon ne paye pas ces impôts en France, que l’entreprise au sourire traite ces employés comme des chiens. Si ça vous tente : https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782818504437-en-amazonie-jean-baptiste-malet/

Ou l’affaire des faux commentaires pour faire remonter un produit : https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/030633483988-amazon-6-conseils-pour-reperer-les-faux-commentaires-2118432.php

Amazon a aussi impacté notre façon de consommer (si un colis met plus de 72 h à arriver c’est déjà trop), notre premier réflexe va être souvent d’aller chercher sur internet et donc de tombé 9 fois sur 10 sur la fiche produit d’Amazon.

En 2013 en France, la librairie était le secteur le moins rentable du marché. Les éditeurs ont besoin d’Amazon pour faire du chiffre. Alors Amazon mettra en avant les titres qu’il sait porteur. Amazon ne prône pas, comme ces prix réduits le laissent penser, l’accès à la lecture pour tous et le partage culturel. Non, il prône le monopole sur un secteur déjà fragilisé par la baisse du nombre de lecteurs et la situation économique délicate du milieu.

29 réflexions sur “Amazon et la librairie

  1. latourneedelivres dit :

    Personnellement, je boycotte Amazon (sauf une fois où j’avais une carte cadeau), et quand ce ne sont pas des livres d’occasion pris à Emmaüs, j’achète majoritairement dans ma librairie indépendante. (que j’ai la chance d’avoir) Je me dis que cette librairie est là et qu’elle me convient, aucun intérêt à aller ailleurs. Je déteste la façon de faire d’Amazon, vraiment.

    Aimé par 2 personnes

  2. rambalh dit :

    Merci pour cette piqûre de rappel ! Je vois tellement de personnes frétiller en ouvrant leurs colis Amazon, et quand je vois qu’à l’intérieur on y trouve des bouquins faciles d’accès en librairie, ça me fend le coeur…
    Actuellement, je n’achète que des auto-édité sur Amazon (parce qu’ils ne sont pas disponibles ailleurs) et ça me fait déjà grincer des dents… Franchement, je comprends l’envie d’être livré rapidement et pour pas cher, je cautionne ceux qui le font parce qu’ils vivent loin des librairies mais après… Surtout que beaucoup de livres peuvent aussi être achetés directement sur les sites des maisons d’édition.

    Bref, c’est pas facile. J’essaie de ne pas juger parce que tout nous pousse à agir ainsi, merci le capitalisme et le confort de la livraison à domicile.

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    • Babitty Lapina dit :

      Par contre, si je reconnais quelque chose de chouette à Amazon, c’est leur position d’auto édition. Je trouve ça vraiment chouette qu’un site aussi important permettent à des auteurs de s’auto-éditer comme ça. J’aimerai beaucoup que d’autres plateformes proposent ça. Ou alors peut-être est-ce déjà le cas ? J’avoue ne jamais lire d’auto édité.

      La livraison à domicile c’est vrai que c’est un méga. J’étais super contente de recevoir mon coffret Harry Potter chez moi sans avoir à le transporter. Je l’ai déjà fait pour les tomes en anglais que j’étais allée acheter dans une librairie anglaise sur Paris et j’avais plus de bras à la fin x)

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      • rambalh dit :

        D’autres sites le permettent pour le numérique mais c’est vrai que pour le papier, Amazon reste le plus efficace en auto-édition. C’est sur Amazon que j’ai commandé le bouquin de Khaany (sur le forum). Pour les numériques, d’ailleurs, Amazon est de pire en pire : leur DMR empêche de convertir leur format en Epub (j’ai une Kobo) donc avec Jacana on essaie plein de techniques de bidouillage, c’est l’enfer !

        Tout dans leur politique est exécrable en fait et c’est ça qui est rebutant.

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        • Babitty Lapina dit :

          Sérieux ? C’est franchement nul :/ Surtout que beaucoup d’auteurs s’auto édite sur amazon du coup si t’as pas de kindle tu l’as dans le baba…

          Je ne savais pas qu’Amazon proposait de l’auto édition papier 😮 Et il va falloir que je regarde de plus prés ces sites qui permettent de s’auto éditer !

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          • rambalh dit :

            Ouais, c’est assez chiant comme système. Après, des auteurs comme Khalysta Farall nous envoient par mail les versions Epub quand on achète sur Amazon mais c’est pas toujours possible de réussir à contacter l’auteur directement… On est obligés de trouver comment bidouiller le DMR pour pouvoir s’ouvrir à de nouveaux horizons, c’est bien triste…

            Et oui, il y a la version papier souvent disponible à côté des ebooks : c’est ce que j’ai choisi pour ma dernière commande. Bon, ça fait bien plus cher mais c’est aussi pour le plaisir d’acheter la version broché d’un auteur indé 😀

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  3. mabiblio1988 dit :

    Pour ma part je commande pas mal sur Amazon. Je fais régulièrement des sondages en ligne qui me permettent de gagner des chèques cadeaux Amazon donc ça me fait des livres gratuits… Quand je n’ai pas de chèque c’est grande surface en faisant mes courses ou Espace culturel mais finalement, j’achète principalement mes livres dans les salons lorsque je vais à la rencontre des auteurs.

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  4. Lumiciole dit :

    Je n’achète plus rien sur Amazon depuis des années, en premier lieu par désaccord total avec le traitement des employé.e.s (je fais partie des gens qui pensent que ça ne sert à rien du tout de se dire contre quelque chose si on ne concrétise pas cette opinion par des actes cohérents). Un autre problème, pas propre à Amazon mais à la vente en ligne en général, c’est que n’importe quel objet vient avec tout un bloc de carton et parfois d’autres emballages.

    En majorité j’essaie d’acheter en librairie, mais c’est vrai que ça peut être une difficulté pour certaines personnes (dont moi en fait, à cause du monde, des gens, de l’aspect social, des transports etc). Quand je commande par internet, je privilégie les livres d’occasion sur PriceMinister, même si malheureusement de plus en plus ce site se transforme en relai de professionnel.le.s. Ça reste emballé mais au moins c’est un livre qui sera réutilisé. Si l’objet que je veux ne peut pas être acheté d’occasion, je privilégie la FNAC. Et je refuse toujours les offres raccourcissant les délais de livraison, même quand c’est gratuit. Amazon, aidé par le tout-numérique, a généré cette sale habitude de vouloir tout tout de suite et à mon avis c’est principalement à cause de ça que les employé.e.s sont obligé.e.s de courir dans tous les sens. Du coup je me suis réapris à attendre les choses et à trouver normal qu’un objet que je veux n’atterrisse pas chez moi en un claquement de doigts. Je trouve que ça motive aussi à passer par un magasin physique, puisque si on est prêt.e à attendre un colis deux-trois semaines, eh bien on peut davantage se dire qu’on peut aussi attendre d’avoir un moment pour aller acheter l’objet directement.
    Dans la même veine, plus jeune j’ai eu du mal à passer à l’occasion parce que je suis quelqu’un de très soigneux.se, du coup mes affaires restent comme neuves longtemps et je les préfère ainsi. Il y avait aussi pour moi un aspect personnalisant à acheter un objet qui n’avait appartenu à personne avant moi. Aujourd’hui je m’en fiche, j’ai appris à trouver normal qu’un livre ait quelques défauts, parce que là aussi je crois qu’on s’est habitué au tout lisse tout propre alors que ce n’est pas aussi naturel que ce qu’on a tendance à en penser.

    Je trouve ça bien que tu aies fait cet article, j’ai l’impression qu’il y a eu une petite période de rébellion anti-Amazon qui a été bien vite étouffée par une nouvelle image cool qui a décomplexé les gens à propos de ce site. Je me dis aussi qu’il y a derrière ça tout un rapport à la consommation, mais c’est un autre sujet.

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    • Babitty Lapina dit :

      J’aime beaucoup ta démarche d’accepter d’attendre ! Et oui c’est vrai qu’Amazon est beaucoup moins critiqué aujourd’hui. Ce que je trouve interessant dans l’article de Sam c’est qu’elle ne se contente pas de dire qu’amazon est le mal incarné, mais à un discours vraiment argumenté. (Souvent j’ai entendu des critiques vis à vis d’amazon, sans trop d’explication de pourquoi)

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