Le prélèvement d’organes dans la littérature

Quand on lit beaucoup, on se rend forcément compte que l’on peut retrouver des thématiques communes dans différentes œuvres littéraires. Cela se retrouve partout. Dans mon cours d’écriture à la fac, ma prof nous avait expliqué que si on devait mettre dans une bibliothèque des livres n’ayant aucune source d’inspiration littéraire, qui sont de la création pure et dure, il y en aurait pas beaucoup. Parfois, un élément devient particulièrement présent dans la littérature, au point qu’on le trouve banal et usé. On parle alors de cliché, j’en parlais dans ma chronique The memory book. La plupart du temps, à moins que l’on ait la référence ou bien que l’on cherche les sources d’inspiration, on n’a pas conscience des muses littéraires qui ont inspiré le livre. D’autres fois par contre, on peut regrouper les livres sur une même thématique. Cela peut-être des thématiques très larges telles que : la maladie chez les adolescents, les romances fortement inspirées d’Orgueil et Préjugés ou bien beaucoup plus précises comme les romans que je te présente dans cet article.

Ces trois romans ont des intrigues très différentes, mais tous trois traitent du même thème : du prélèvement d’organe, de tissus et d’os sur un être humain en vie et en bonne santé.

Avant d’écrire la Faucheuse, Neal Shusterman a publié la série : Les Fragmentés. Dans cette société, l’avortement est interdit jusqu’aux treize ans de l’enfant. Des treize ans aux dix-huit ans d’un adolescent, parents ou tuteurs peuvent demander à ce qu’il soit défragmenté. C’est-à-dire que l’on va lui prélever l’ensemble de ses organes, sa peau, etc., et les donner à ceux qui en ont besoin. C’est une saga en six tomes qui est très originale dans sa thématique, mais finalement devient très classique dans la dystopie young adult.

Dans le roman suédois de Ninni Holmqvist, L’Unité, c’est une population plus âgée qui est concernée. À partir de cinquante toute personne sans enfant est considérée comme superflue à la société. Elle part donc à l’Unité, un lieu aux allures enchanteresses, mais où ils sont soumis à des expériences scientifiques et où l’on prélève leur organe selon la demande.

Enfin dans Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro, des enfants sont élevés afin de devenir des donneurs d’organe à l’âge adulte. Le roman se concentre sur leur vie, de la jeunesse à leur dernier instant. Le roman traite bien plus que de cette thématique et je viens de te révéler un des mystères du roman. Mais la thématique est presque un prétexte pour proposer une réflexion passionnante sur le rapport à la vie.

Il est facile de se dire que si un jour on se mettait à prélever des organes à des êtres humains encore en vie dans la société, ça serait choquant. Dans L’Unité le personnage principal explique qu’elle ne s’était pas sentie concernée par ça au début. Que lorsqu’un petit parti avait proposé l’idée, elle n’avait pas fait attention. Jusqu’à ce que cela arrive et qu’elle se retrouve concernée. J’ai été frappée par le fait que pour la première fois je lisais clairement une mise en garde contre les mesures discriminatoires. C’est facile de détourner les yeux quand cela ne nous concerne pas, mais une fois qu’on est concerné, il est trop tard… Dans ces trois romans, les mesures concernent une partie de la population discriminée. La société considère que c’est normal le sort qu’on leur réserve.

Comme tout bon roman de dystopie, cette mesure qui semble « juste » au début, révèle assez rapidement que ce système connaît de grosses dérives. Dans Les Fragmentés, il y a un marché noir de la vente d’organe qui s’organise. Dans L’Unité les personnes qui étaient protégées par la mesure ne le sont plus, il y a une terreur qui née vis-à-vis de ne plus avoir d’enfant, des adolescentes font tout pour tomber enceinte, il y a des vols d’enfants ou encore une recrudescence des maladies sexuellement transmissibles en raison de relation sexuelle non protéger. Enfin dans Auprès de moi toujours, les enfants qui avaient une vie normale jusqu’aux premiers prélèvements sont ensuite élevés en batterie. On les élève comme en usine. Là encore, on retrouve l’idée : il fallait agir plus tôt. Au début, l’idée est très belle, entourée d’un joli papier cadeau et puis quand les illusions tombent, il n’y a plus que l’horreur de la réalité.

Enfin, le point le plus frappant c’est le désir de vivre des personnages. On ne leur a pas demandé leur avis et on décide qu’ils doivent mourir ou plutôt vivre à travers d’autres personnes. Les personnages ne sont pas d’accord, ils se révoltent, ils ont un formidable désir de vivre et de continuer d’exister. L’injustice de leur situation est poignante. Et c’est sur ce point sur les trois livres différents. Face à leur destin, les personnages ont tous au début cette réaction de désir de vivre, mais ensuite cela change complètement. Selon leur personnalité, leur histoire, ce qu’ils sont, ils vont vivre de ça différemment.

La dystopie est un moyen de divertir, mais aussi de nous mettre en garde. Elle aiguise notre esprit et nous met en alerte vis-à-vis des politiques des gouvernements. On peut être plus ou moins touchés par les récits, mais on y apprend à remettre en question notre société et de juger ce que l’on considère normal ou non. Avoir conscience des problématiques de la société qui vont aussi bien de racisme, sexisme, homophobie à l’esclavage qui existe encore ou bien aux problématiques écologiques c’est important. Ce n’est pas facile de remettre en cause toutes nos croyances et aller s’intéresser aux milieux militant pour découvrir une autre vision du monde peut être parfois assez violent. C’est néanmoins, je pense, un exercice important et essentiel pour pouvoir essayer de faire évoluer les mœurs de la société. La dystopie nous invite aussi à agir et à nous soucier de l’impact que nous avons. Cela peut être des petites actions, par exemple je promeus la place de la femme dans la littérature sur le blog ou bien je suis végétarienne et dans mon quotidien j’essaie de mener des actions écologiques à mon petit niveau.

Si la littérature est là pour nous divertir, elle existe aussi pour nous faire grandir. Et toi quelles sont les dystopies qui t-ont le plus marquer ? Si ce n’est pas un genre que tu as eu l’occasion de rencontrer, n’hésite pas à me demander des recommandations, j’en ai lu pas mal aussi bien des œuvres très classiques, que de la young adulte !

11 réflexions sur “Le prélèvement d’organes dans la littérature

  1. Ada dit :

    Je crois que tu spoiles une de mes lectures en cours xD. (Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro)

    Je reviendrai plus tard, hein. xD

    Mais ton article est très bien documenté, il y a de quoi être impressionné, bravo !

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s