Les putes voilées n’iront jamais au Paradis !

412DPFuXUxL._SX195_Date de publication : 06 avril 2016
Autrice : Chahdortt Djavann
Genre : Témoignage
Edition : Grasset
Formats : Broché, poche; e.book
Nombre de pages : 208 pages

Une fois n’est pas coutume, je participe à un défi de lecture. Pas n’importe lequel cependant, un défi de lecture qui met en avant les autrices à travers le monde ! Je t’en ai parlé plus tôt dans mon article sur comment lire plus d’autrice, c’est : autour du monde, elles écrivent. Chaque saison a le droit à sa période dans le monde et l’été nous emmène en Afrique et au Moyen-Orient. J’ai donc décidé de t’emmener avec moi en Iran, l’autrice vit aujourd’hui en France, mais elle est iranienne et parle de son pays d’origine qu’elle a dû fuir. Avant d’aller plus loin, je tiens à t’avertir que l’œuvre dont je te parle est très violente. Au fil des pages, on croise des féminicides, de la violence faite aux femmes, des violes, de la pédophilie, de la prostitution et plein d’autres horreurs. J’ai même eu dû mal à le terminer tellement ce livre est violent. Je m’y attendais vu le titre, mais tout de même. Je te déconseille vraiment de lire ce livre si tu n’es pas bien ou bien que tu ne le sens pas. Je ne suis pas ressortie indemne de ma lecture, chaque phrase m’a brisé un peu plus le cœur. Et le pire dans tout ça, j’ai même pas pu me dire que c’est que de la fiction. Car dans ce roman, réalité et fiction s’entremêlent étroitement.

Avant de te présenter mon avis sur le roman, il est nécessaire de contextualiser l’œuvre. L’Iran est un pays où le Clergé a une importante influence politique. Il n’y a pas de séparation entre le Gouvernement et la religion. L’Iran a beaucoup souffert de la Seconde Guerre mondiale et a été occupé durant — et après – par les USA, la Grande-Bretagne et l’URSS. Les troupes soviétiques en particulier n’ont pas super envie de quitter le pays. Le pays a un contexte politique très instable (avec des assassinats des dirigeants par exemple). Ce qui amène à la révolution iranienne en 1979 suivit de la mise en place de la République islamiste. C’est un gouvernement anti-occidental, très conservateur, qui remet en place les traditions islamiques aussi bien dans la culture que dans la loi. Une femme se doit donc d’être invisible dans la rue, elle n’a pas vraiment de droit, surtout des devoirs — en particulier envers les hommes — et elle n’a parfois aucune valeur aux yeux de sa propre famille. En ce moment, il y a un mouvement féministe en Iran qui s’oppose au port obligatoire du voile. Certaines femmes ont d’ailleurs été emprisonnées pour avoir osé se dévoiler en pleine rue. Néanmoins, à Téhéran, la capitale, la police des mœurs se montre moins zélée et tolère que le voile ne couvre pas complètement la tête. C’est très récent comme mouvement, il est apparu après la publication du roman. Néanmoins, le roman reste encore tristement actuel.

L’autrice ouvre son documentaire/fiction sur la mort d’une femme dans la rue. Rapidement la population décrète que cette inconnue est une prostituée et que celui qui l’a tue est un héros. Dès les premières pages, on est dans le ton du livre. Cette ouverture brutale est inspirée d’un fait et même de faits réels qui ont plusieurs fois eu lieu. Les meurtriers n’ont pas toujours été jugés coupables soit dit en passant et l’autrice nous explique la logique qui anime certains hommes de ce pays au cours du roman. Très rapidement on fait la connaissance de Zahra et Soudabeh deux amies qui vont connaître un destin bien différent. Elles sont le fil d’Ariane du livre et nous permettent de découvrir la destinée de milliers de femmes en Iran. Rapidement l’autrice s’insinue dans le récit et insère le témoignage de prostituées décédées. Toutes assassiner soit par l’État lui-même, soit par des hommes dans la rue.

Le récit va jusqu’à 2014, certaines femmes étaient encore en vie il y a 4, 5 ans. Nous sommes dans notre présent, notre réalité. L’autrice malmène son lectorat, elle est crue, direct et ne laisse pas de place à l’espoir. Je vais être honnête avec toi, mais je me suis retrouvée à pleurer de toutes les larmes de mon corps dans les transports en commun tout en ne pouvant pas et ne voulant pas lâcher ce foutu livre. J’avais l’impression que je devais ça à ses femmes, car au-delà d’une dénonciation d’une situation inacceptable, c’est un mémorial. J’ai eu le sentiment qu’elle écrivait à la fois pour dénoncer la situation et pour faire en sorte que l’on n’oublie pas ces femmes, que l’on sache qu’elles ont existé. C’était des femmes issues de tous milieux sociaux, il y a aussi bien des intellectuelles, que des femmes à qui on n’a jamais donné le droit d’aller à l’école. Des femmes riches ne dépendant pas d’un homme et d’autres qui se prostituaient pour payer la dose de drogue du mari ou du frère. Elles sont uniques, elles ne sont pas de la fiction, elles étaient vivantes. Simone de Beauvoir a dit cette phrase très célèbre :

N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.

Et effectivement, en filigrane de son roman, l’autrice dénonce une société gangrenée par la religion, la drogue et la pauvreté.

Vais-je aimer ce livre ?

Mis à part l’avertissement que j’ai adressé en début de cet article, j’aurais tendance à conseiller ce roman à tout le monde. Malgré sa dureté, il est d’utilité publique ! Si les œuvres non fictionnelles ce n’est pas trop ton truc, ne t’inquiète pas, l’œuvre est structurée comme un roman et non un documentaire. On pourrait presque penser — et espérer — que c’est de la fiction.

Si tu veux en savoir plus sur l’Iran, tu peux regarder le film : Nous trois sinon rien, l’histoire d’une famille qui est contrainte de fuir le pays et part en France. Cela peut te donner une idée du contexte politique. Tu peux aussi écouter l’épisode de Simin Nouri du podcast Sois gentille, dis merci, fait un bisous.

5 réflexions sur “Les putes voilées n’iront jamais au Paradis !

  1. Ada dit :

    Super chronique ! Bon, je vais éviter de le lire maintenant, aha, mais il est déjà dans ma wishlist. Je dois avouer que leur situation là-bas me fait peur… Il y a un compte que je suis sur Twitter qui s’appelle « My Stealthy Freedom » et qui partage des vidéos de ces femmes courageuses qui enlèvent leur voile ou sont « mal » voilées. C’est parfois assez violent, elles se font agresser et tout…

    Bref, très bonne chronique, tu dis l’essentiel 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Eleonore dit :

    Il doit être assez proche des deux livres que j’ai lus Nouvelles d’Algérie de Maïssa Bey et Un parfum de cannelle de Samar Yazbek. Très dur, d’une violence… Et si proche de la réalité… à en pleurer, oui. Et l’on se dit : nous sommes bien en France.
    Toutefois, lire ce genre de livres me mets mal à l’aise. Ne pouvant les aider réellement, physiquement, j’ai le sentiment de tomber dans le voyeurisme à chacune de ces lectures…

    Aimé par 1 personne

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