Moralité et littérature

shamePour définir la moralité dans la littérature, il faut tout d’abord définir la morale. Je crois que j’ai eu cette question en dissertation de philo un jour… Plus sérieusement, dans cet article la moralité est définie comme étant une attitude qui est approuvée par le plus grand nombre dans notre société. Faire preuve de bienveillance ou avoir une attitude courageuse c’est faire preuve de moral. Au contraire, voler ou ne pas respecter le consentement d’une femme ce n’est pas moral. Pour simplifier la définition, la moralité c’est un jugement de valeur. Ce jugement est défini par le milieu socioculturel dans lequel on évolue et par notre histoire personnelle. Ce qui est moral pour l’un, ne l’est pas pour l’autre et inversement.

Quand j’avais présenté le genre du mommy porn, connu aujourd’hui aussi sous le nom de new romance, la question de la moralité s’était posée. En effet, cette littérature est considérée par pas mal de mondes comme n’étant pas un exemple pour un lectorat non adulte notamment. C’était les adolescents qui étaient visés avant tout. Elle insufflerait de mauvaises idées et encourageraient à accepter une relation toxique. Toutefois, le mommy porn ne peut pas être concerné par cette question, car ce n’est pas un genre destiné à la jeunesse. Et légalement, seule la littérature jeunesse se doit d’être morale. Quand on parle de littérature jeunesse, on ne parle pas uniquement de livre destiné à un jeune public. On parle aussi de textes encadrés par la loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. Cette loi impose aux textes destinés à un jeune public de correspondent aux critères définit en article 2. Les textes ne peuvent pas présenter sous un angle positif le mensonge, le vol, la paresse, la haine, la débauche, tout ce qui est crime et délit, etc. Enfin cette loi a mis en place une commission de surveillance et de contrôle des textes. La différence entre la littérature jeunesse et la littérature pour adulte c’est que la première est encadrée légalement pour être morale.

Pendant très longtemps, on passait de la littérature jeunesse à la littérature pour adulte. Aujourd’hui, avec l’émergence de la Young adult, il existe un genre qui permet de faire la transition. Si des livres ont existé avant d’avoir été nommés Young adult, l’intérêt de mettre un nom sur ce type de livre est de guider le lectorat. La littérature Young adult n’est pas présentée comme de la littérature de jeunesse, mais fait attention aux propos qu’elle présente et met la plupart du temps en place une forme de morale ou amène son lectorat à réfléchir, à remettre en question ce qu’il connaît. Sans avoir une surveillance accrue comme on le retrouve dans la littérature de jeunesse, la plupart des œuvres Young adult répondent aux critères de la loi du 16 juillet 1949. Et si ce n’est pas le cas, l’œuvre ne la déroge que de très peu. La Young adult est devenue un genre de transition, amenant à la littérature pour adulte. Proposant une réflexion plus complexe, mais dont la moralité correspond aux critères de la société qui publie ce roman.

Enfin, nous avons la littérature destinée à un public adulte. Si un adolescent ou un enfant peut lire un livre pour adulte, ce n’est pas pour autant qu’il fait partie du public visé. On attend d’un adulte d’avoir le recul nécessaire pour faire la différence entre la réalité et la fiction. Avoir le recul nécessaire, c’est avoir conscience que si dans Cinquante Nuances de Grey, Christian Gray est sexy, c’est : pour son argent, sa beauté et sa manière de satisfaire Anastasia. Sans ça, il n’est pas objet de fantasme. La littérature pour adulte n’a plus cette visée morale que l’on peut retrouver dans la littérature de jeunesse. On ne retrouve pas non plus la notion d’apprentissage. Elle cherche avant tout à divertir et très souvent à rien d’autre. On ne veut plus de héros ou d’héroïne qui pourraient être un modèle pour nous. Quand on lit de la chick-lit et qu’on voit que l’héroïne bouffe un énorme pot de glace pour se consoler de sa rupture on cherche à se retrouver en elle. Quand on lit du mommy porn avec une relation qui nous ferait frémir d’horreur dans la réalité, on cherche à s’évader de quelques instants de cette réalité.

La littérature pour adulte appartient au domaine du fantasme. Le domaine du fantasme ne doit pas s’interroger sur la moralité ou non des désirs. Un fantasme n’est pas une envie de retrouver ce désir dans la réalité. J’évoque la littérature érotique, mais si je suis une vraie adepte de fantasy et que je fantasme de grandes aventures épiques, je tiens avant tout à mon petit confort. Il est hors de question pour moi de marcher des journées durant en portant un sac lourd de plusieurs dizaines de kilos et devoir dormir hors d’un lit. Mais dans les livres c’est super méga chouette.

Quand j’avais écrit mes articles peut-on aimer une œuvre problématique et la honte du lecteur, j’avais ces livres en tête. Ces livres qui sont jugés immoraux et surtout dont le lectorat est méprisé et incompris. On suppose qu’un public adulte a le recule nécessaire pour lire ces œuvres, les apprécier et surtout les différencier de la réalité. L’argument principal mis en avant est un pervertissement de la jeunesse. Sauf que cette jeunesse n’est pas censée lire ce genre de livre. C’est comme considéré que les films pornos donnent une mauvaise image de la sexualité. Non. Un film porno n’est pas un cours d’éducation sexuelle. Il ne faut pas supposer la jeunesse si naïve et stupide, les adolescents peuvent avoir le recul nécessaire et s’ils ne l’ont pas c’est aux adultes de leur entourage de leur apprendre à l’avoir. Ce n’est pas le rôle de la littérature pour adulte.

13 réflexions sur “Moralité et littérature

  1. Ada dit :

    Article très intéressant ! En plus, tu m’as appris que les YA répondaient à des critères de moralité… Je savais pas !

    Je me rends compte que je me tourne quand même pas mal vers des livres qui ne peuvent qu’amener à une certaine réflexion sur la moralité, (sans forcément l’illustrer lui-même, il y a parfois des scénarios un peu hard – je pense aux romans noirs – mais qui te font réfléchir sur la moralité, ses limites et son bien-fondé dans certaines situations) Mais j’ai trèèèès peu lu de romans noirs, alors je n’ai pas d’exemple 😛 (peut-on mettre « American Psycho » là-dedans ceci dit ?)

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    • Babitty Lapina dit :

      Même si les YA ne rentrent pas dans le cadre de la loi littérature jeunesse. (Ou peut-être que si… à vérifier). Ils remplissent totalement les critères de la loi. Je n’ai pas lu une oeuvre de YA qui ne rentrait pas dans le cadre.

      American Psycho n’est pas avant tout une critique de la société de consommation ? Même si c’est très trash je pense qu’il y a une autre finalité que le divertissement. Après souvent les livres peuvent avoir de multiples casquettes !

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        • Babitty Lapina dit :

          Moi je vois ce roman comme un divertissement aussi. Après cela dépend de la définition qu’on a de divertissement ! x) Pour moi allé dans un musé par exemple, c’est un divertissement, même si tu étudies quelque chose. Dés l’instant que tu fais quelque chose de plaisant sans aucun but si ce n’est pour toi c’est un divertissement. Mais du coup j’emploie peut être le mauvais mot x)

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  2. Magali dit :

    Article très intéressant! Tu m’apprends qu’en France il y a une loi qui oblige la littérature jeunesse à être morale. Je me demande ce qu’il en est en Suisse… Et aussi qui définit la morale que cette littérature est tenue de respecter!
    Concernant la littérature pour adultes, je ne suis pas d’accord avec toi sur tous les plans – par exemple je pense qu’on peut à tout âge trouver des personnages qui nous servent de modèle, et aussi que la littérature n’a pas vocation qu’à divertir mais bien souvent à mettre en perspective le réel et exercer une fonction critique – mais je te rejoins totalement sur un point, elle n’a pas pour rôle d’être morale.
    Je trouve particulièrement intéressante ta réflexion comme quoi la littérature adulte peut se permettre d’être immorale parce que les adultes ont la capacité de distinguer entre réalité et fiction. Parfois je lis des choses, notamment sur les réseaux sociaux, qui me font penser que les gens oublient qu’une fiction ne doit pas être lue au premier degré: elle demande à être interprétée, les comportements des personnages ne reflètent pas forcément les idées de l’auteur… Je trouve important de le rappeler parce que je trouve qu’il y a une tendance au politiquement correct qui personnellement me dérange.

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    • Babitty Lapina dit :

      Je ne sais absolument pas ce qui concerne les lois suisses… Le dossier que j’ai sur la littérature jeunesse est centrée avant tout sur la littérature jeunesse en France.

      Alors oui, on peut trouver des modèles dans la littérature pour adulte, mais ce n’est pas le but. Dans la littérature jeunesse, j’ai souvent eu ce sentiment dans pas mal d’oeuvre, que l’on cherchait à faire d’un personnage un modèle pour le lectorat, un exemple. Dans la littérature pour adulte je n’ai pas trouvé ça. On peut avoir un modèle dans la littérature pour adulte, mais la littérature adulte quand on la compare à la littérature de jeunesse ne cherche pas à proposer de modèle, notamment en ce qui concerne toutes les questions de moralités.

      Pour le divertissement / critique, je n’ai pas assez appuyé ma nuance ! x) Oui, la littérature peut critiquer la société, mais ce n’est pas toujours le cas. D’ailleurs parfois c’est tellement discret que je le découvre qu’une fois que l’autrice, l’auteur parle de son livre. Peut-être est-ce dû à mes lectures, mais j’ai très peu de livres dans ma bibliothèques qui font une critique ouverte de la société ou une critique tout court.

      Oui je suis d’accord avec toi sur le fait que beaucoup prennent une oeuvre trop au premier degré… :/ D’ailleurs ça sera l’objet dans un prochain article quand je vais parler de la dark romance un genre littéraire particulièrement mal vu !

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      • Magali dit :

        Là je suis d’accord, ce n’est pas la littérature pour adultes qui cherche à proposer des modèles (bien que ça puisse arriver) mais plutôt le lecteur qui va s’approprier les personnages comme modèles en fonction de leur résonance avec ses propres problématiques…
        Et c’est clair que la fonction critique n’est pas toujours présente dans la littérature, et qu’elle n’est pas du tout incompatible avec celle de divertissement! Perso, les livres que je préfère sont ceux qui réunissent les deux.

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  3. rambalh dit :

    Comme toujours, un article super intéressant et instructif !
    Je ne savais pas que la littérature jeunesse était à ce point encadrée… Mais du coup, je me demande qui encadre et comment. Par exemple, les maisons d’édition sont sûrement soumises à ça lorsqu’elles emploient le qualificatif « jeunesse », mais quid des auto-édités ? Est-ce qu’il y a vérification avant publication ?

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    • Babitty Lapina dit :

      Merci !

      Alors non, toutes les œuvres destinées à la jeunesse ne sont pas encadrées. Elles doivent être validées par une commission qui va déterminer les titres qui le sont et ceux qui ne le sont pas. L’intérêt d’avoir la validation de la commission c’est que le livre va être présenter aux acteurs du secteur jeunesse : bibliothèques et écoles entre autre. Si je ne dis pas de bêtises, les deux acteurs que je viens de citer, ne prennent d’ailleurs que des livres qui sont validés par la commission. C’était la partie vidéo du MOOC sur la littérature jeunesse qui en parlait, donc c’est de mémoire que je te dis ça et si quelqu’un a une info sourcée je suis preneuse x) (Par contre ce dont je parle dans l’article, c’est la version écrite, donc j’en suis sûre ! :3)

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