Le Grand Guignol

Grand-Guignol-Paris1947À la fois genre littéraire et lieu culte parisien disparu, le théâtre du Grand Guignol m’a fascinée depuis des années. Pour l’anecdote j’ai découvert son existence, car des filles dans ma classe faisaient un TPE dessus. Le TPE c’est une sorte de méga exposé que tu présentes au bac, moi j’avais fait sur Jack l’Éventreur. (Mais j’aurais voulu le faire sur le Fantôme de l’Opéra, sauf que moi et mon idée avons été en minorités.) Il était donc évident pour moi que je t’en parlerais un jour sur le blog. Il a toutefois fallu que Netlifx sorte un film sur le sujet pour que je me lance. Si tu as un Netflix et que tu as envie de le voir, c’est La femme la plus assassinée au monde. Il n’a rien d’exceptionnel, le scénario est carrément bof, mais une bonne partie du film permet d’avoir une idée de ce qu’était le Grand Guignol. Rien que pour ça, cela vaut le coup d’œil.

Si aujourd’hui tu te rends au 7 cité Chaptal dans le neuvième arrondissement de Paris, non loin de Pigalle, tu découvriras l’International Visual Theatre (IVT), théâtre et lieu d’apprentissage de la langue des signes. Mais si on remonte dans le temps, entre 1896 et 1962, toi et moi nous aurions pu nous rendre dans un lieu attirant autant de touristes que la Tour Eiffel ou Notre-Dame de Paris ! Le théâtre ouvre ses porte le 16 mai 1896, une salle de 280 places avec pour particularité de posséder des loges grillagées, permettant de voir, sans être vus. C’est Oscar Méténier qui a fait de ce lieu un théâtre et lui a donné le nom de Grand Guignol en hommage aux canuts, les travailleurs de soie de Lyon qui s’étaient révoltés et avaient pris Guignol comme symbole. Guignol est ce personnage traditionnel des théâtres de marionnette pour enfant ! Je reviendrai sur son histoire dans un prochain article, car aujourd’hui je m’intéresse à son petit frère destiné aux adultes.

Si Méténier a pris Guignol comme symbole, c’est la même raison pour laquelle il a acheté ce théâtre. Ses pièces de théâtre tombées souvent sous le coup de la censure. Il proposait des pièces choquantes, n’hésitant pas à utiliser un langage vulgaire, de la rue, des prisonniers. On était bien loin de Molière ! Il faut toutefois attendre l’arrivée d’un nouveau directeur, Max Maurey, pour que le Grand Guignol devienne en plus d’un lieu, un genre littéraire. Il va créer un répertoire pratiquant la douche écossaise, où s’alterne pièce comique et drame d’épouvante. On laisse le spectateur rire, se détendre pour mieux le saisir aux tripes et le terrifier. Les pièces comiques étaient dans un humour burlesque, tendit que les pièces horrifiques… Hollywood n’avait rien à envier à leurs effets spéciaux ! Les spectateurs étaient aspergés de sangs, les yeux étaient arrachés, les têtes décapitées, les mains et toutes autres parties du corps étaient coupées. On jugeait le succès d’une soirée au nombre d’évanouissements dans la salle. En même temps, avec des pièces avec des titres comme Dernière torture ou encore L’amant de la morte, on sait à quoi s’attendre !

Maxa la tête d’affichée était même nommée la femme la plus assassinée au monde ! Tous les soirs elle se faisait torturer sur scène pour le plus grand plaisir des spectateurs. Néanmoins, elle le faisait dans les tenues fort élégantes, car c’était les plus grands couturiers de l’époque qui l’habillaient ! Le genre n’a guère perduré, mais à son apogée de grands auteurs tels que Maupassant ou Mirabeau écrivaient des pièces pour le théâtre ! Le théâtre jouait sur les peurs et les interrogations de l’époque. Au début il y avait les maladies contagieuses, l’étranger, la folie et puis avec le début du vingtième siècle les pièces tournaient autour des nouveaux moyens de transport (train, voiture), le téléphone et surtout les erreurs médicales. Au moins qu’il y aura un sous-genre du genre du Grand Guignol qui est le théâtre médical !

La guerre est arrivée, les horreurs sur scène sont devenues réelles et ce n’était plus si amusant… À partir des années 30, le théâtre connaît un déclin à cause d’un mauvais choix de gestions. Après le départ de Max Maurey, les différents directeurs n’ont pas su le faire perdurer. Et puis le cinéma d’épouvante a eu raison des pièces de théâtre. Le théâtre a fermé ses portes, Maxa la grande actrice parisienne a terminé dans la fosse commune et le genre du grand guignol n’est plus…

 

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