Les livres de bonnet, la romance chez les amish

Le roman d’amour est un genre qui n’est pas très bien vu dans le monde littéraire. Pourtant, il propose un large éventail de possibilités. Comme le dit si bien Bim Adewunmi, senior culture writer chez Buzzfeed « pour chaque situation où l’on pourrait tomber amoureux, il existe un roman d’amour ». On se retrouve donc avec des sous-genres du roman d’amour connu tel que la chick-lit, moins connu comme la dark romance et carrément de niche que sont les romans d’amour amish. C’est un genre qui a surtout son public aux États-Unis d’Amérique, les autrices sont avant tout états-uniennes et c’est là-bas que trouve une bonne partie de la communauté amish. Si tu veux aller plus loin, je te conseille le documentaire « A suivre » de Buzzfeed, où l’un des épisodes est dédié au roman d’amour amish. Je suis partie de ce documentaire pour rédiger cet article en le confrontant à d’autres sources.

48a33025bd64e51bb839d8818bc5cb08Les amish sont apparus en Suisse lors de la réforme protestante au seizième siècle. Comme toute personne qui n’avait pas la bonne religion, ils étaient persécutés. Ils étaient vus comme des hérétiques qu’il fallait éliminer. Aujourd’hui la plus grande partie de la communauté se trouve aux États-Unis d’Amérique. Il existe différents courants, mais pour faire simple ils ont gardé les manières des protestants du seizième siècle dans leur manière de vivre. Ils suivent la Bible, vivent principalement de leur agriculture et rejettent l’électricité. La religion est très présente dans leur vie et c’est probablement pour cette raison que les lectrices des romans d’amour amish sont avant tout issues de la communauté chrétienne. D’ailleurs, les trois éléments essentiels de ce genre littéraire sont : un héros, une héroïne et un lien avec le dieu chrétien.

Les romans d’amour amish sont apparus il y a un peu plus d’une dizaine d’années, les éditeurs pensaient que cela ne serait qu’une passade. Néanmoins, le marché ne cesse de grandir. Ces quatre dernières années, le marché a même doublé ! Ce genre a débuté vraiment avec The Shunning, une romance amish publiée en 1997, qui est par la suite adaptée en film et même en comédie musicale. On reconnaît très facilement ces livres à leur couverture mettant souvent en scène une jeune femme blanche (la diversité n’existe pas vraiment dans ce genre de roman…) portant le bonnet blanc traditionnel. Cela donne d’ailleurs à cette littérature le surnom de « bonnet books ». Cela pourrait se traduire par livres de bonnet. Ce qui est bien différent d’un livre avec un bonnet et de Bonnet Blanc et Blanc Bonnet.

Ces romans mettent en scène des héroïnes à la recherche d’un époux qui sera le futur père de leurs enfants. La femme dans cette fiction n’a pas beaucoup de choix de vie. Bien entendu, comme toute bonne romance, elle doit faire face à une série d’obstacles qui peuvent être une autre femme de la communauté amish ou le fancy world, le monde qui s’oppose au Plain Word, là où les Amish vivent. Les autrices disent avoir un certain respect vis-à-vis de la culture amish. On n’aura pas d’héroïne à moto par exemple. Toutefois, l’univers présenté dans les romans est bien loin de la réalité. Ce qui est dépeint est un monde simple, avec des bonnes vieilles valeurs traditionnelles, des liens familiaux très forts, l’importance du travail. Le dur labeur quotidien devient enchanteur. Les lectrices aiment ces romans pour une forme d’authenticité qui n’existe pas. Ce n’est pas une critique, car on retrouve une version enchanteresse du monde dans quasiment toutes les romances.

Ce qui est amusant, c’est que la plupart des lectrices n’habitent pas à proximité des communautés amish et n’ont donc probablement aucune idée de la réalité. Les Amishs d’ailleurs ne sont pas consultés pour l’écriture de ces romans. Pourtant, il y a une très forte communauté autour de cette fiction, des lectrices vont jusqu’à prier à l’église pour les personnages qu’elles apprécient. Les bonnet books proposent une fiction qui fassent rêver. Il y a une sorte de nostalgie d’une époque qui n’a jamais existé. Les personnages vont se tenir la main, ils s’embrassent chastement et bien entendu sont fait l’un pour l’autre. On rêve d’un monde où tout est plus simple, où à la fin de la journée on se retrouve en famille autour d’un feu. Ce qui est intéressant, c’est que la fiction intéresse ce lectorat, mais pas la réalité.

Même si un roman de fiction n’est pas la réalité, on a tendance plus ou moins consciemment à faire confiance aux éléments de la réalité qu’ils proposent. Par exemple dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo crée son histoire dans une réalité. Il fait d’ailleurs un travail d’historien assez minutieux pour encrer au mieux son récit, au point que parfois ça devient barbant. On peut lui faire plus ou moins confiance sur sa présentation de l’univers. Dans le cas des romans d’amour amish, on ne peut pas faire confiance à ce qui est dit et les lectrices ne s’intéressent pas à la réalité. Pour te donner une idée, une autrice racontait qu’une amie amish lui a dit que si elle devait prendre un stylo rouge pour indiquer les incohérences dans les romans, ils seraient tout rouge. Je ne critique pas les lectrices, mais bon, quelque chose me dérange dans le fait que l’on vende une authenticité qui n’existe pas.

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10 réflexions sur “Les livres de bonnet, la romance chez les amish

  1. DF dit :

    Merci pour ce billet! Je ne pensais pas qu’un tel genre de niche puisse exister. La « Romance Amish » serait-elle une tentative de reproduire « La Petite maison dans la prairie »?

    Pour en savoir plus sur la réalité de la vie Amish, je te suggère le livre de Jacques Légeret, « L’énigme Amish ». Et d’autres sans doute aussi, qui montrent que la communauté a aussi ses problèmes, nuançant sans doute le côté idyllique de telles intrigues romanesques. Entre autres, la question de la diversité raciale chez les Amish se pose chez certains: https://www.quora.com/Are-there-any-black-Amish

    Cela dit, le propre de la romance, dans tous ses sous-genres, n’est-il pas de faire rêver, quitte à prendre subtilement ses distances avec la réalité?

    Pardon pour le côté un peu déstructuré de ce commentaire…

    Aimé par 1 personne

    • Babitty Lapina dit :

      Je pense qu’il y a une tentative de reproduction de La petite maison de la prairie sans viser en particulier ce roman. C’est plus une recherche d’un temps ancien idéalisé qui n’a jamais vraiment existé.

      Je te remercie pour la suggestion de lectures, je la met de côté ! 😀

      Je pense qu’effectivement c’est le propre de la romance ! Il faudrait que je me penche dessus, qu’est-ce qui constitue profondément le genre de la romance.

      Je trouve ton commentaire très intéressant !

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  2. Magali dit :

    On en apprend tous les jours, je n’aurais jamais imaginé l’existence de ce type de romans (mais peut-être que je manque d’imagination)! Je trouve intéressant de consacrer des articles à des genres méconnus. Même si en l’occurrence je ne vais jamais lire de livres de ce type, savoir qu’ils existent permet de se faire une idée de la diversité littéraire…
    Je n’y connais rien en romance, mais je me demande si derrière l’attirance pour le monde Amish il n’y pas surtout l’attrait pour un passé idéalisé? Il me semble que c’est quelque chose qu’on retrouve aussi dans certaines romances européennes…

    Aimé par 1 personne

    • Babitty Lapina dit :

      Je pense que jamais je lierais ce genre de romance non plus, mais je suis passionnée par les genres littéraires méconnues !

      Oui, il y a un passé idéalisé. On le retrouve beaucoup dans le roman historique romantique qui propose un monde qui n’a jamais existé, mais qui fait tellement rêvé !

      J'aime

  3. Ada dit :

    J’en ai appris plus sur les Amish en lisant la revue America (le n°7), mais j’avais aucune idée de l’existence de ces romans ! Plus que les Amish, n’est-ce pas juste une idéalisation d’une sorte de simplicité volontaire ? Ou juste d’un passé idéalisé, comme on le voit à des sauces fascisantes sur notre cher continent ? Dans tous les cas, je suis bien d’accord avec toi, ça manque d’honnêteté, on parle quand même de communautés de gens qui existent…

    Aimé par 1 personne

  4. Audrey dit :

    Merci pour cet article, je n’avais aucune idée de l’existence de ces romans d’amour amish ni même de l’engouement qu’ils suscitent ! Je lis peu de romances, mais quand je vois le nombre de sous-genres qu’il y a, je me dis que je devrais peut-être plus m’y intéresser…

    Aimé par 1 personne

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